Showing posts with label répression. Show all posts
Showing posts with label répression. Show all posts

Sunday, November 16, 2008

France : la chasse aux "anarcho-autonomes" est ouverte !


Il fallait un ennemi qui fasse l'unanimité. Les Etats-Unis ont Al Qaida, la France aura dorénavant l'Ultra-gauche. Des terroristes indicibles, indétectables, surentrainés, des experts... des anarchistes !

27500 actes de malveillances en 2007 contre les biens et les installations de la SNCF. Mais ceux-là sont très particuliers, ils ont été réalisés par des experts. Des gens qui possédaient des manuels pour résister aux interrogatoires de la police, des gens qui se réunissaient en secret pour refaire le monde, qui lisaient des livres sur l'anarchisme et, comble de l'extrémisme... ils possédaient des ordinateurs ! Ils avaient même réussi à se faire apprécier de leur village. C'est dire...

Des spécialistes surarmés
Sur TF1, on détaille les techniques des terroristes à grand renfort de détails. Au péril de leurs vies, ils se hissent sur les caténaires à 7 mètres de hauteur sur un câble de 25000 volts, et y posent un crochet qui, au passage du TGV, arrachait tout sur son passage. Curieusement, la plupart des incidents sont décrits comme ayant été provoqués par des blocs de béton déposés sur la voie, mais l'enquête journalistique suit son cours. Sur France 2, on évoque un attirail impressionnant, découvert lors des perquisitions : des livres, des barres métalliques, des cagoules, des fumigènes, des gilets pare-balles, ou encore... des tiges de fer. Armés jusqu'aux dents !

Une nébuleuse internationale
Autre détail croustillant, sur France 3 : ils ont protesté contre le CPE ! Et les images violentes défilent à l'écran. Ils ont manifesté en Allemagne ! Et les images violentes défilent à l'écran. Ils ont défilé aux Etats-Unis devant une caserne militaire ! Et les images violentes défilent à l'écran. D'ailleurs, cette caserne a été la cible d'un attentat un mois après, bizarre... Autre détail très important, l'opération de sabotage a été saluée par un groupe libertaire est-allemand. La preuve !

... surveillée par la police et le FBI
On en appelle aussi à l'expertise des techniciens de la SNCF. Aucun doute, il s'agit de sabotage, si quelqu'un en doutait encore. On en appelle aussi à l'expertise des experts, aucun doute, l'ultra-gauche est dangereuse, car indépendante et hors de contrôle : anarcho-autonomes, selon le ministère de la Justice. D'ailleurs, de nombreux rapports des RG le soulignent : les gens dangereux sont dangereux. La presse se risque même à reproduire les propos d'Alain Bauer, spécialiste parmi les spécialistes, sarkozyste parmi les sarkozystes, qui ose un rapprochement avec le groupe terroriste "Action Directe". Sur France 3, Michèle Alliot-Marie déclare que ces gens étaient sous surveillance depuis longtemps, qu'ils ont été vus à proximité de voies TGV, que des rapprochements ont été faits, qu’ils étaient aussi sous surveillance du FBI, etc. La police et le FBI les auraient donc laissé faire ? "Il s'agissait donc bien d'actes de terrorisme" conclut le journaliste. CQFD.
Jugement sans appel d'une habitante de Tarnac : "On n'imaginait pas qu'ils étaient à la limite du terrorisme. Vous savez, les RG, en général, ils ne font pas de descente pour rien"... Tout est dit. Mais à chaque fois, après ce déferlement de témoignages à charge, un journaliste conclut le reportage, devant un bâtiment officiel orné de drapeaux tricolores, par une résurgence d'esprit journalistique : "on ne sait pas grand chose, il n'y a pas de preuve". Ce qui a été confirmé par plusieurs sources judiciaires. Aucune preuve. Rien... au moment où l'on vous parle.

Une enquête ? Quelle enquête ?
Pire, même. Selon une information Europe 1, les dix gardés à vue n'ont pas été interpellés dans le cadre de l'enquête sur les sabotages de la SNCF, mais dans celui d'une enquête préliminaire ouverte le 16 avril par le parquet anti-terroriste. Cette enquête vise aujourd'hui à établir leur rôle dans des violences qui ont eu lieu lors de manifestations à Vichy début novembre et à Thessalonique début septembre. SNCF : "donner au train des idées d'avance", dit le slogan, et aux journalistes, aussi...

Et si on trouvait des traces d'un compte bancaire, on pourrait aussi les accuser d'avoir fomenté la crise financière ? Les journalistes veillent au grain...

source : site "Les mots ont un sens"
http://www.lesmotsontunsens.com/ultra-gauche-enquete-police-relaxe-innocents-crise-financiere-2540

Thursday, October 2, 2008

Paris et petite guerre

Une dépêche spéciale de nos correspondants en banlieue nord de Paris, St-Denis :

À St-Denis une personne sur 3 fraude le métro. On a compté. Il y a en France une capacité d'insubordination étonnante malgré la croissance de l'État policier. C'est comme si les deux étaient interdépendants. Peut-être qu'ils le sont.

D'ailleurs, hier, incident de routine : on était sur la rue centrale de St-Denis, République, qui est juste en bas de chez nous. Hier c'était plein de monde, un blanc sur 10 personnes ce qui fait de nous la minorité de cette ville. Et on voit un attroupement et des gens qui crient. On s'approche : 3 flics tiennent un jeune arabe. On s'informe. Il était parmi les vendeurs itinérants de trucs contrefaçonés et ils l'ont pogné en arrivant à l'improviste. Une descente normale dans cette ville « communiste ». Au moins cinquante personnes autour se sont improvisées plèbe tantôt en colère tantôt amusée. En les entourant et en gueulant, ils empêchaient les flics de partir avec le gars. Comme dans tout bon film d'action, le gars réussit miraculeusement à se déprendre et part à la course. Les flics à ses trousses et la foule derrière eux. Mais les flics arrivent à le rattraper. Pas grave, la foule se reforme autour. Ils ont du attendre l'arrivé de renforts en civil pour l'emmener. Furtivement, j'ai croisé dans la foule : des vieux à béret tout sourire, un père qui courrait avec son bébé dans les bras en riant, des jeunes filles qui filmaient avec leur cell, un grand black tout énervé qui arrêtait pas demander « y a pas quelqu'un qui a des bouteilles?! » (à lancer). Et nous avec nos baguettes et nos légumes, on avait l'air con.
Le soir, un ami français nous donne l'adresse d'un squat où il y a « soirée de soutien avant expulsion ». On a eu droit au prototype du squat d'artistes de Paris . C'est ouvert, c'est grand, et ça réclame une légalisation parce que voyez-vous, les locaux de pratique manquent à Paris ou sont trop chers. Il y avait un spectacle de jongle avec le feu, lance des affaires et musicaux du monde... Ce qu'on trouve c'est une cour avec des gens très divers, enfants, étudiants, et même 3 filles russes avec qui je me suis brièvement liée une amitié, le temps de leur empreinter un cell pour appeler l'ami français et savoir qu'est-ce qu'il fout et pourquoi il n'est pas là. « On est place d'Italie, y un problème avec les sans-pap, venez ».

Ouais c'est ça le problème ici : la vie politique est jumelée à la vie sociale et du coup, on ne peut rien faire sans cell. On arrive Porte d'Italie. Y a des flics qui bloquent l'entrée d'un immeuble d'un côté alors que de l'autre une trentaine de personnes avec des chaises et des matelas restent là. On retrouve la bande des français. On se fait expliquer (on se fait tout expliquer tout le temps) que c'est un squat d'ivoiriens, établi depuis 30 ans dans l'immeuble de l'ancienne maison des étudiants de Côte d'Ivoire. Apparemment, la police a décidé d'expulser la moitié des résidents à l'improviste en prétextant l'insalubrité (toujours). Depuis, ils restent sur le trottoir d'en face avec les gosses, même la nuit. Ils demandent juste à être relogés près de Paris et qu'on les laisse partir sans contrôle d'identité. Y a bien les association d'aide aux sans-pap qui sont là, qui s'agitent en désespoir. Des vieux communistes pour la plupart, désemparés. Et nous avec nos faces de touristes, qu'est-ce qu'on pouvait bien faire? On s'est assis, on a bu notre vin avec les gars expulsés. Tous des diplômés, en droit, en administration publique, même quelques doctorants. Ils sont nés au mauvais endroit, dans la guerre civile continuelle de ce qui n'est pas l'Occident. Et les flics, tous blancs, qui ne connaissant du Droit que son application sans les causes, montent la garde devant l'immeuble duquel on prive les résidents, qui s'entassent pour la nuit sur des matelas sur le trottoir. Un d'eux à demandé à un policier s'il pouvait au moins monter pour pisser, puisque les toilettes publiques, récemment rendues gratuites, étaient depuis fermées. Le policier lui a donné la permission exceptionnelle de pisser dans la rue. On les a foutu dehors pour insalubrité. L'un d'entre eux était un peu chaud et a commencé à nous raconter son histoire. Abdulah. Le truc le plus douloureux c'est quand il a dit « Je vous vois, les amoureux, et bien moi j'ai jamais eu cette chance là. Depuis que je suis arrivée ici, depuis 10 ans, j'ai jamais vécu l'amour ». Et là il nous raconte comment il devait coucher avec des femmes plus vielles juste pour avoir où dormir. Comment après l'hiver elles le jetaient. Je ne veux pas faire de la porno vision mondiale avec ce qu'il a vécu. Je ne veux pas pouvoir vous montrer ses grands yeux mouillés quand il nous a dit ça. Il n'y a rien d'indigne ou d'exemplaire dans tout ça. Il n'est pas à sauver et on « peut » rien pour lui. Il se sauve lui-même, en solidarité avec les autres de l'immeuble, et puis il a un travail et des papiers maintenant. Mais ça m'a vraiment crevé le ventre son truc sur l'amour, peut-être parce qu'au-delà des histoires de personnes tuées ou torturées, pouvoir vivre tout simplement de l'amour représente la base d'une vie humaine et que sa privation montre à quel point le non-statut politique ampute une partie de l'existence. « Je vous dis ça à vous, ça me fait du bien. Vous comprenez, j'peux pas le dire aux autres... »

Et puis ce matin on a vu un petit camp d'autres sans-pap expulsés d'un autre squat, en bas de la maire de St-Denis. En bas de chez nous il y a un centre d'aide aux sans-pap d'ailleurs, ça bouge là-dedans, ça donne un peu d'espoir comme on dit. Puisque le reste de Paris, le Paris blanc de la « bonne europe » n'est qu'une pathétique tentative de s'accrocher à son propre mythe, au mythe qui a attiré ces ivoiriens, et qu'on pense conserver en mettant l'espace sous enclos, géré par la caméra. Et du coup Paris est totalement divisée entre ses lieux touristiques et ses lieux de guerre.